Le coton : la fibre star de nos armoires (1)

Dernière mise à jour : mai 2



Le coton est LA matière qui a littéralement envahit nos garde-robes. Notre t-shirt, notre chemise ou encore notre jeans sont, pour la plupart, faits de coton. Le coton représente environ 40% de la consommation mondiale de fibres pour nos vêtements. C’est véritablement la matière la plus répandue dans l’habillement [1].


Pourquoi est-elle devenue la matière dominante dans nos armoires ? Quels sont les avantages de cette matière mais aussi ses inconvénients et ses impacts sur notre environnement ? Enfin, comment s’y retrouver parmi les différents labels certifiants et quelles sont les alternatives à son utilisation ?


État de l'art sur la matière star


La plante


Cultivé sur plus de 30 millions d’hectares, soit la moitié de la surface de la France, répartis dans 70 pays, le coton est aujourd’hui la fibre d’origine végétale la plus produite au monde. Utilisée pour la fabrication des vêtements depuis plus de 7000 ans, c’est la matière la plus plébiscitée depuis le XIXème siècle pour la production de textiles destinés aux vêtements.


En effet, cette plante présente un certain nombre de caractéristiques plutôt avantageuses pour un vêtement. Le principal avantage de la fibre de coton est son coût moindre. Mais cette plante présente de nombreux autres avantages: c’est une fibre douce, hypoallergénique, isolante, absorbante et résistante à la chaleur, donc confortable au porter. 

Ce n'est pas tout! C’est une fibre facile à transformer car résistante à la traction et à la torsion. Il est facile d’en faire un fil résistant et doux à la fois, qui plus est, facile à teindre.


Par ailleurs, depuis le XIXème siècle, les progrès de l’industrialisation et de l’agronomie ont permis sa culture et sa filature en masse et en ont ainsi fait la matière textile naturelle la plus répandue.


Pour toutes ces raisons, le coton est aujourd’hui la fibre reine parmi toutes les autres fibres textiles naturelles.


La culture du coton aujourd'hui : les problèmes écologiques et éthiques liés


Commençons par une description succincte de cette plante.

Le coton est une plante qui pousse dans des régions tropicales et subtropicales arides. En effet, ces régions présentent des conditions climatiques idéales à la bonne croissance de cette plante, c’est-à-dire :


  • Un ensoleillement important

  • Des saisons végétatives longues, donc une période de croissance longue

  • Au moins 120 jours de pluie par an [1]


A la floraison de la plante, se forment de grandes fleurs blanches ou jaunes à cinq pétales. Une fois fécondées elles vont laisser place à un fruit que l’on appelle la capsule et dans lequel se trouvent des graines. Ces graines vont donner naissance à des fibres soyeuses plus ou moins longues [1]. Lorsque la capsule va s’ouvrir, le coton pourra alors s’épanouir sur les branches et sera prêt pour la récolte.


Les étapes de maturation du coton : la fleur, la capsule et l'éclosion de la capsule


Les fibres de coton peuvent mesurer entre 2 cm et 5 cm de long. Ce sont ces fibres qui vont ensuite être filées, c'est-à-dire torsadées entre elles pour être transformées en fils. Ces fils, une fois tissés, constitueront l’étoffe finale [1].


La consommation en eau


La culture du coton n’est possible sans irrigation qu’au-delà de précipitations pluviales supérieures ou égales à 700 mm d’eau par an. Or, sur la totalité des régions cultivatrices de coton, principalement la Chine, les États Unis, l’Inde, le Moyen-Orient, le Brésil, l’Australie et l’Égypte, environ 55 % de ces pays présentent des taux de précipitations insuffisants .


Les principaux pays exportateurs de coton à travers le monde


Prenons un exemple frappant pour illustrer ce premier problème de la consommation d'eau: la mer d’Aral, située entre l’Ouzbékistan et le Kazakhstan était, en 1960, le quatrième plus grand lac au monde. 


Son assèchement à 80% entre 1960 et 2000[3] à cause du détournement de son eau pour irriguer les cultures de masse du coton, est une des plus grande catastrophe environnemental du XXème siècle.



Mer d'Aral desséchée entre 1960 et 2014 à cause de l’irrigation des champs de coton (Source Wikipedia)


Donnons quelques chiffres relatifs à la consommation d’eau du coton :


7000 et 29 000 L d’eau [7] sont utilisés pour cultiver 1 kg de coton. De plus, le tissu en coton demande lui-même une consommation d’eau importante pour le blanchir, c'est-à-dire le rendre blanc sachant qu’il est naturellement de couleur écru. Une importante consommation d'eau concerne également la teinture du tissu. Selon GreenPeace [3], la production d’un t-shirt demande à elle seule environ 2700 L l’eau et celle d’un jeans 10 000 L d’eau ! 


Impressionnant quand même, compte tenu du fait qu’il est vendu environ 2 milliards de jeans par an. 


A elle seule, la production mondiale actuelle de jeans représente donc 20 km3 d’eau annuellement, soit à peu près le volume du lac de Côme en Italie.


Lac de Côme, en Italie : son volume est égal au volume d'eau annuel utilisé pour la production mondiale de jeans.


La consommation en pesticides


Le deuxième problème que pose le coton est sa vulnérabilité face aux insectes herbivores. En effet, le climat chaud et humide dont la plante de coton a besoin pour pousser de manière optimale est un écosystème propice à la vie de ces insectes. Or, la plante de coton n’a pas la capacité naturelle de résister à ces insectes. La culture du coton à elle seule représente 25% des insecticides achetés dans le monde alors qu’elle ne représente que 3% de la surface agricole mondiale. Environ 30 traitements /an/kg de coton sont appliqués [7] sur les cultures de coton. 


Il est donc extrêmement gourmand en pesticides.


Pulvérisation de pesticides sur un champs de coton encore en fleurs


Les conséquences de cette utilisation massive d’insecticides sont, d’une part, la pollution importante des sols et, d’autre part, des résidus de ces produits chimiques dans nos vêtements, donc au contact de notre peau. Par ailleurs, l’utilisation de ces  pesticides contribuent à l'endettement des paysans producteurs de coton [7] qui se voient obligés de les acheter.


Citons également les engrais, les produits accélérateurs de maturité et les produits défoliants utilisés, qui servent à faire tomber les feuilles des tiges et facilitent ainsi la récolte. L’agriculture intensive du coton demande une rentabilité sans faille. Elle use et abuse de traitements chimiques qui accélèrent les processus de croissance et de récolte afin de cultiver toujours plus, toujours plus vite.


La récolte : des enjeux éthiques


Aujourd’hui, dans plusieurs pays comme la Turquie ou l’Ouzbékistan, les conditions de travail liées à la récolte à la main du coton sont plus que discutables.


Ceci dit, cela ne date pas d’hier. Rappelons que le coton tient un rôle majeur dans l’histoire de l’esclavage des États-Unis. La récolte du coton étant très délicate, elle demandait, à l’époque où les machines n’existaient pas encore, une main d’œuvre très importante et, si possible, bon marché. La traite des noirs venus d’Afrique, au XVIIIème siècle, a été la réponse à cette problématique de récolte du coton qui était cultivé en grande quantité dans les régions du sud des États-Unis. Il en résulte la plus grande migration forcée de l’histoire de l’humanité [2].


Esclaves africains au travail dans les champs de coton aux États-Unis


Aujourd’hui, la récolte du coton peut se faire manuellement ou mécaniquement.

D’après le reportage de Cash Investigation intitulé « Le coton : l’envers de nos t-shirt », le coton Ouzbek serait un coton plébiscité par nombre de filateurs. Il serait, paraît-il, de bien meilleure qualité que les autres. Cela s’explique par la récolte manuelle de ce coton contrairement au coton récolté mécaniquement et provenant des États-Unis, par exemple.


Récolte manuelle du coton en Ouzbékistan


Eh oui, il est bien connu qu’une récolte manuelle,