Souveraineté alimentaire : définition, enjeux et solutions pour une autonomie locale

Le sujet est vaste, et à chaque fois que je commence à rédiger, je dérive : sur les enjeux politiques, sur ces histoires de semences agricoles, ou encore sur l’évolution de l’agriculture. Alors, allons droit au but : dans quelle mesure notre assiette dépend-elle des importations ? Si demain on coupait la France de tout contact avec l’extérieur, qu’est-ce qu’il resterait dans nos assiettes ?

Plus largement, la question est : comment nourrir 10 milliards de personnes en 2050, alors qu’en France, à l’heure actuelle, 16 % de la population ne mangent pas à leur faim ?
J’adore ce sujet, parce qu’il est complexe et qu’il nous confronte à de nombreuses réalités. Au-delà de ce qui sort de terre en France, on y voit notre dépendance à un système mondialisé, une question sur la crise climatique, ou plus largement, un enjeu social.

Bref : qu’est-ce qu’il y a dans nos assiettes ?

1 – Définition et principes clés

Concrètement, on parle de « la capacité d’un pays à subvenir aux besoins alimentaires de sa population par ses propres moyens ».

La souveraineté alimentaire repose sur trois piliers :

  • L’autonomie : le modèle agricole doit pouvoir continuer à produire (et à nourrir), quelles que soient les crises.
  • La durabilité : s’assurer que les systèmes agricoles préservent les terres et les ressources.
  • L’accessibilité : avoir de la nourriture, c’est bien, mais est-ce que les populations peuvent se la procurer ?

Je parle d’un pays, car les politiques sont globalement pensées à l’échelle nationale. Mais on peut délimiter cette définition à un territoire comme une région, ce qui aurait d’autant plus de sens.
D’ailleurs, faisons un petit exercice en prenant la dynamique de l’entonnoir :

  • D’un point de vue mondial : selon la FAO, la disponibilité alimentaire sur la planète est de 2 950 kcal, alors que les besoins moyens d’une personne seraient de 2 900 kcal (c’est bien sûr une moyenne, basée sur un homme de 30 ans). On est donc tout à fait capable de nourrir tout le monde (je n’aborderai pas ici la question de savoir pourquoi, tous les jours, des gens meurent encore de faim).
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  • D’un point de vue national : la France a le potentiel de produire 130 % de ses besoins en nourriture ! Pourtant, 43 % de ses terres sont dédiées à l’exportation.
    Prenons l’exemple du blé : la France produit 1,2 million de tonnes de blé dur, mais le blé dur est utilisé pour le pain, les viennoiseries… Pour les pâtes, il nous faut du blé tendre, moins adapté à notre terroir. C’est pourquoi 65 % des pâtes consommées en France sont importées.
    J’ai pris ici un seul exemple, mais techniquement, en termes de surface, on a la capacité d’être autosuffisant… alors qu’en termes de production, non.

  • D’un point de vue régional : prenons la Normandie, l’une des premières régions agricoles. L’ensemble de ses terres a le potentiel de nourrir 175 % de sa population, et pourtant, elle ne couvre que 88 % des besoins alimentaires de ses habitants. Une majeure partie de la production est exportée !
    La Normandie est une région productrice de céréales, de lait… et de cidre. Ça ne fait pas un régime équilibré. La région ne répond pas, par exemple, à ses besoins en fruits et légumes.

  • Dernier focus : le Calvados. Le département a le potentiel de nourrir 145 % de sa population. Pourtant, nous ne produisons pas ce que nous mangeons : notre alimentation parcourt en moyenne 1 200 km avant d’arriver dans nos assiettes.

2 – Pourquoi est-il urgent d’agir ?

Plus haut, dans mon raisonnement, je parlais de ce qui sort de terre… mais pas de comment on le fait sortir de terre !
Notre modèle s’est fortement intensifié. Pour que 8 % de la population puisse avoir pour activité de nourrir les 92 % restants, il nous faut des machines, des tracteurs et autre matériel utilisant du gasoil. Or, pour l’instant, nous n’en produisons pas sur le territoire. Notre dépendance au pétrole et à son prix rend notre alimentation fragile.
Bien sûr, on pourra continuer à produire… mais à quel prix ? Qui pourra se procurer un repas sain et équilibré tous les jours, et idéalement trois fois par jour ?

De plus, un modèle productiviste appauvrit les terres et impacte donc notre capacité à nous nourrir sur les prochaines décennies.

Aujourd’hui, 20 % de nos besoins en fruits et légumes sont importés. Pourtant, produire des légumes est bien ce qui nécessite le moins de terre.
Alors oui, notre assiette est en danger, et les différentes crises que nous avons traversées (ou que nous traversons…) nous mettent face à une réalité : il est plus que nécessaire de nous interroger sur notre modèle.

3 – On fait quoi maintenant ?

Maintenant que le constat est posé, on fait quoi ? Comment agir au quotidien ?
Et bien… manger local et de saison. On a tendance à le marteler, mais c’est encore le meilleur moyen d’agir :

  • On agit pour sa santé en mangeant des produits sains.
  • On agit pour le tissu local en maintenant des emplois locaux.
  • On agit plus globalement en soutenant un modèle économique vertueux.

Acheter des légumes locaux et de saison est moins coûteux, mais demande plus de temps : du temps de préparation, du temps pour aller les chercher (même si de nombreuses solutions existent pour se faciliter la vie).

On peut aussi réduire sa consommation de viande. Oui, la viande locale et de saison, ça a un prix… mais c’est probablement l’un des impacts les plus forts (j’avoue, là, c’est un peu au baromètre du doigt mouillé, je n’ai pas les stats sous la main).

Il existe des solutions comme « une sécurité sociale alimentaire », une carte donnée à chaque citoyen pour leur permettre d’acheter des produits sains et de saison. Mais quid de cette carte, qui revient à subventionner, de façon plus ou moins dissimulée, un produit ? Qu’en est-il, dans ce cas, de la libéralisation du marché ?
S’interroger sur notre alimentation, c’est une question sociétale, économique… et donc politique.

Alors oui, soutenir son voisin maraîcher est un acte citoyen. Dans un monde idéal, on pourrait le faire sans se soucier d’accompagnements comme la sécurité sociale alimentaire. Mais la réalité du quotidien fait qu’il est parfois compliqué d’acheter tous ces produits en circuit court.

D’autres solutions ? Faire partie d’une AMAP, ou s’engager sur un type de produit et le faire dès qu’on le peut.
Bien entendu, on ne peut pas être parfait partout. Mais attendre une politique de soutien, c’est se dédouaner, alors que des actions du quotidien peuvent être menées depuis notre quartier ou notre village.

Avec ce sujet, j’ai l’impression de juste soulever un coin du tapis sur une multitude d’enjeux, sans les approfondir.

 

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